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Plus dure sera la chute

Indissociables des moteurs thermiques, les lubrifiants voient à nouveau leur marché perdre des points côté volume.

Plus dure sera la chute

Après trois années de hausses successives, le marché des lubrifiants version 2019 renoue avec ses vieux démons, accusant une baisse assez marquée due pour partie aux deux derniers mois de l’année, largement négatifs. La faute à plusieurs facteurs dont probablement la grève liée à la réforme des retraites. Quant aux perspectives 2020, à coup sûr, plus dure sera la chute.

 

Flash back. En fin d’année 2016, et ceci de source CPL (Centre Professionnel des Lubrifiants), le marché des lubrifiants automobiles amorçait sa reconquête avec une progression de 1,4 %. Une inversion des tendances qui allait se poursuivre en 2017 avec exactement la même progression de 1,4 %, suivie par une hausse encore plus marquée en 2018, puisqu’égale à 2,7 % ; ceci grâce aux deux derniers mois de l’année, particulièrement porteurs.

 

Tout le contraire de 2019 ! En effet, à une baisse vertigineuse de plus de 20 % (- 20,6 % exactement, selon le CPL) sur le seul mois de novembre, succédait une baisse de 4 % en décembre. Pour novembre et ses 21 700 tonnes de lubrifiants commercialisés, il faut même y voir, sans nul doute, un record absolu ! Sur cette période de fin d’année, le parallèle avec les différentes manifestations relatives à la réforme des retraites semble pour le moins évident, à minima tentant.  

 

Bref, de quoi perturber les résultats de l’ensemble de l’exercice 2019, celui-ci se bouclant sur un volume de 280 980 tonnes, synonymes d’un retrait de 6,3 %. Par comparaison, le retrait propre aux lubrifiants industriels n’est « que » de 3,4 %. Dans le détail, le segment des moteurs de voitures de tourisme régresse de 6,1 % (159 940 tonnes), celui de l’essence et mixtes de 2,3 % (il demeure largement majoritaire en VL avec 137 500 tonnes), tandis que le segment Diesel tourisme s’effondre avec un retrait de 29 % (18 000 tonnes). Du côté des acteurs, une fois n’est pas coutume, les pétroliers ont relativement limité les dégâts par rapport aux IG (Indépendants du Graissage), avec un retrait de 4,8 % contre 6,6 %.

 

Une chose est certaine, pour ce qui concerne le secteur Automobile au global, il faut remonter à l’année 2015 pour retrouver un exercice (presque) aussi bas, ce dernier s’étant bouclé sur un volume de 284 000 tonnes. « Certes, le mouvement des Gilets Jaunes a eu un petit impact sur l’Après-Vente en début d’année mais par le biais d’un phénomène de décalage, nous n’avons pas constaté de baisse d’activité sur ce secteur », fait remarquer Eric Candelier, le président de Yacco. De même, impossible cette fois d’effectuer un lien direct avec la consommation nationale de carburants routiers (donc le kilométrage parcouru) puisque selon l’UFIP (Union Française des Industries Pétrolières), les livraisons ont été stables par rapport à 2018 (un peu plus de 50 millions de m3). Plus précisément, les livraisons de supercarburants sans plomb ont été en hausse de 7,3 % tandis que celles du gazole accusent une légère baisse de 1,9 %.

 

Dans le même esprit, du côté des immatriculations de véhicules neufs (donc du 1er plein), le mois de décembre particulièrement porteur en raison de l’entrée en vigueur de la nouvelle grille de malus, a permis au marché français de maintenir une tendance positive (+ 1,9 %) sur l’ensemble de l’année. Ainsi, une nouvelle fois, le cap des 2 millions d’unités a encore été dépassé. Cela dit, Eric Candelier de souligner : « les différentes annonces de délocalisation de production émanant des constructeurs nationaux font que nous devons perdre des premiers pleins effectués sur le territoire. A raison de 4 litres d’huile par carter, l’addition peut se révéler non négligeable ». Et puis, à ce niveau, il n’est plus question de négliger la part des énergies alternatives. Si les véhicules hybrides, sans véritable conséquence pour le marché des huiles moteur, ont représenté 5,7 % des ventes en 2019, le tout électrique a commencé à émerger avec une part de 1,9 %.

 

Mais finalement, la principale raison de la récession du marché des lubrifiants en volume, se situe sans nul doute ailleurs. Plus précisément, du côté des matières premières. Le CPL en convient, la baisse de 10,7 % recensée au niveau des huiles de base pour additifs, a forcément joué un rôle au niveau des produits finis. « Dans le cadre de l’élaboration de nos produits, nous ne recevons jamais d’additifs de lubrification à l’état solide, dans la mesure où ceux-ci sont déjà dilués dans l’huile, rappelle Eric Candelier. Autrement dit, les deux sont intimement liés ». Or, le secteur des additifs lui-même a été sérieusement impacté sur les derniers mois de l’année du fait de la catastrophe Lubrizol de Rouen (voir par ailleurs), avec en particulier des conséquences sur l’élaboration et la livraison des produits de grade de viscosité 0W-30, particulièrement plébiscités par bon nombre de constructeurs dont PSA en particulier.

 

Les perspectives 2020 ? Nul besoin d’être devin pour avancer qu’elles s’avèrent peu réjouissantes. Entre les mesures de confinement relatives au Covid-19, avec les lourdes conséquences que l’on sait sur la production (automobile mais aussi chimique, pour ce qui est des lubrifiants), les immatriculations et l’après-vente, et l’augmentation très nette de la part de marché des voitures électriques (7 % des ventes à fin février selon AAA DATA), le marché des lubrifiants va à nouveau connaître une perte de volume, sans doute un peu plus marquée que l’an passé. 

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